Pourquoi Marine Le Pen a déjà gagné les élections !

 

21 avril 2002. Jean-Marie Le Pen se qualifie pour le second tour de l’élection présidentielle avec 4,8 millions de voix. En France et ailleurs dans le monde, c'est l'indignation... Les citoyens se mobilisent, la presse s’indigne, les candidats appellent unanimement et sans ambiguïté à faire barrage à l'extrême droite et à voter pour Jacques Chirac. 


17 avril 2017. Avec ses 7,7 millions de voix, Marine Le Pen dépasse de loin le score de son père et se qualifie pour le deuxième tour des élections… En France et ailleurs, les rues restent désertes et la presse voit déjà Emmanuel Macron à l'Elysée.


À y regarder d’un peu plus près, nous avons tous été préparés à l’idée que la candidate du Front National passerait le premier tour sans problème. La seule véritable inconnue était le nom de son adversaire. L’acceptation de sa présence au second tour, le manque d’indignation face à son score et surtout l’absence de débat sur des questions de fond sont sans aucun doute les ingrédients qui contribuent à la première grande victoire de Marine Le Pen dans ce double scrutin.


Mais qu'on ne s'y trompe pas, quoiqu'il advienne, Marine Le Pen est bien la grande gagnante de ce premier tour.


Ni indignation ni débat d’idées...


Cette campagne révèle le niveau du débat politique en France pour cette élection majeure de la Ve République qui place le Président au cœur du pouvoir politique. 


Si la presse écrite ou télévisée a pu présenter les programmes des différents candidats à l’élection présidentielle, force est toutefois de constater que l’absence de débat de fond sur ces programmes a constitué la règle durant la campagne pour le premier tour de l’élection présidentielle. À une semaine du scrutin pour le deuxième tour, rien ne changera la donne.


De ce point de vue, Marine Le Pen a bel et bien gagné la campagne. Ce qui compte désormais pour les médias, ce n’est pas de savoir comment la candidate frontiste se positionne par rapport au protectionnisme et les conséquences plus larges d’une fermeture des frontières françaises. Ce qui compte pour les médias, c’est le dernier selfie de Marine Le Pen avec des ouvriers de l’usine Whirlpool. Gérer la vie publique consiste désormais à se plier aux exigences de l’unique communication politique fonctionnant par clichés, stéréotypes, raccourcis et idées simplificatrices.


Marine Le Pen mène désormais la campagne et elle la place sur le terrain du tweet, du buzz et du slogan à l’emporte pièce.  La formule est facile, le public applaudit. Les « Bébé Hollande », le banquier « Rothschild » aux mains des multinationales… Les réseaux sociaux et les médias jubilent... Le débat d'idées et de programmes n'aura pas lieu. 


« Le pain et les jeux » ont définitivement investi l'Agora.


La paralysie du quatrième pouvoir.


Pour sortir de cette spirale du buzz, de l’instantané, pour ressusciter le débat d’idée, la presse ne doit-elle pas creuser dans le programme, se mouiller un peu plus face à celle qui les menace dans leur liberté, comme l’a démontré le traitement réservé à un journaliste lors de la visite de Marine Le Pen au Salon des Entrepreneurs le 1er février 2017. Si le Front National se défend en insistant sur le fait que cette altercation implique des vigiles du salon, peut-on vraiment croire que ceux-ci ont agi sans consignes en tombant par hasard sur ce journaliste qui est soi-disant dérangeant pour la candidate ?

 
Mais n’est-ce pas un vœu pieux que de demander aux médias qu’ils se mouillent. En effet, à force de répéter que les médias sont à la solde du système et du grand capitalisme, elle gagne à tous les coups ! 


D’une part, la presse la ménage, pour ne pas priver ses lecteurs, du dernier « bon mot » de la candidate du Front National ! Les médias ont emboîté le pas et ont adopté le tempo du Front national, soit par opportunisme, soit par volonté de dévoiler les facettes de cette candidate.   


D’autre part, la presse se montre agressive à son égard. Mais alors, le statut de candidate antisystème et dérangeante pour l’establishment est confirmé.


Peut-être que ce dilemme insoluble ne se serait jamais présenté si les journalistes étaient restés sur le terrain démocratique du débat de fond qui permet une confrontation argumentée des idées entre les candidats. Peut-être… 
Mais aujourd’hui, les médias privilégient le « fast thinking ». Plus rapide, plus vendeur, il demande moins d’effort. À n’en pas douter la candidate du Front national a, une fois encore, gagné.


Macron, en route vers l'Elysée ...ou pas !


La victoire d’Emmanuel Macron est-elle réellement acquise ? Comme le pensent certains médias ? Ce qui est sûr, c’est que la façon dont se déroule cette campagne semble laisser les portes grandes ouvertes et chaque vote va compter !


Si le front républicain était infaillible il y a 15 ans, aujourd’hui, sa fragilité est évidente. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #SansMoiLe7Mai se propage et, en ne rejetant pas clairement l’option du « ni, ni », Jean-Luc Mélenchon décomplexe et rend légitime cette position. S’agit-il d’une stratégie politique ? Peut-être… En tout cas, il semble désormais acquis, à l’approche du deuxième tour, qu’il est encore temps de refuser l’idée même d’un choix « entre la peste ou le choléra »… Cette image, imposée à force de « Macron bashing » est loin d’être neutre car elle pousse à l’abstention ou encore au vote blanc. Et, une fois encore, c’est une victoire de Marine Le Pen ! 


Parce que le second tour de l’élection présidentielle n’offre pas trois possibilités. Mais bien deux ! Ou bien Emmanuel Macron, ou bien Marine Le Pen. L’illusoire troisième possibilité renforcera de facto le candidat qui aura le plus de voix. Et si on parie sur une démobilisation en défaveur d’Emmanuel Macron, c’est bien Marine Le Pen qui récoltera les voix du  « ni, ni ». 


Bien que les esprits aient été préparés à la victoire de la candidate du Front National (voir ci-dessus), le réveil des Français risque d’être difficile… 


En effet, il est temps de le rappeler, le Front national ne s’est pas débarrassé de ses oripeaux du passé. Au contraire, on trouve dans le programme les trois piliers de l’univers idéologique de l’extrême droite : le nationalisme, le racisme et le radicalisme.


Plus largement, une différence marque les deux candidats. Alors qu’Emmanuel Macron accepte le débat d’idées sur des questions de fonds, Marine Le Pen le refuse en prétextant que le débat démocratique légitimise le système en place. Une ligne de fracture majeure sépare les deux candidats. Emmanuel Macron est un candidat qui respecte la démocratie. Marine Le Pen est une candidate qui s’attaque à la démocratie.
En matière de démocratie et de valeurs républicaines, ce n’est donc pas un choix « entre la peste et le choléra » qui se présente aux Français, mais plutôt un choix entre un ennemi et un adversaire politique – si ce n’est un choix de conviction.


Le 7 mai, si quatre possibilités s’offrent aux électeurs – en ce compris le vote blanc et l’abstention – seul le vote pour Emmanuel Macron fera barrage à l’extrême-droite ! 
 

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